| Le vécu de guerre en Afghanistan de Christian |
| Bataille pour Sangsar
(chapitre deuxième) 8 -12-2007 01:31:17 -0500 |
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Bonjour à tous! Profitant du fait que nous sommes sur notre base avancée (FOB) , c'est rare depuis un mois, car toujours en campagne, je peux continuer mon récit. J'espère qu'il n'est pas trop indigeste! Les champs agricoles afghans sont impitoyables pour nous car ils consistent en une succession de sillons de vignobles délimités par des murets de 4 pieds de hauteur en terre séchée solide comme du béton. Pour un déplacement chargé de nuit , cela correspond ni plus ni moins à une véritable piste à obstacle car il faut les franchir à intervalle très fréquent. C'est très éprouvant. De plus, la noirceur et les ondulations du sol favorisent les risques de blessures aux chevilles et genoux. Bref, une vraie partie de plaisir. Notre périple doit durer près de 4 heures dans l'obscurité pour un trajet si court de seulement 5 km mais répartis dans un sol des moins permissif. Après quelques centaines de mètres parcourus et avec la sueur commençant à couler dans notre visage, on est en mesure de mesurer l'ampleur de la tâche à accomplir et je soupçonne beaucoup de gars, dont moi, de maudire discrètement les gars du "recce party" d'avoir choisi une route si merdique! En réalité, ils ont fait un excellent travail car un itinéraire plus aisé favoriserait les risques de contact avec la population civile et ainsi la compromission de la mission. Pour progresser, il faut souvent s'entraider pour passer les murs ou pour tout simplement faire se lever un pauvre bougre cloué au sol comme une tortue par le poids de son paquetage en raison de fréquentes chutes. La deuxième portion du trajet est beaucoup moins intéressante car elle se situe dans des champs récemment irrigués donc remplis d'une substance des plus restreignant communément appelée au Québec: BOUETTE! En effet, cette boue est pratiquement similaire à des sables mouvant tant elle nous fait caler et est ralentissant. On progresse péniblement et littéralement comme le T-1000 dans le film Terminator 2 lorsque ce dernier est dans l'usine et que sa substance corporelle est liquéfiée... Parfois on entend des faibles sacres dans la nuit provoqués par le déséquilibre de gars atterrissant lourdement dans la boue! Les bottes de suède beige "tan" que nous portons sont aspirées dans la perfide succion de ce marais et on aurait pas imaginé meilleur guide pour ce secteur que l'infâme Gollum du Seigneur des Anneaux... Durant cette interminable portion de trajet, les gars commencent à se demander s'ils vont durer jusqu'à destination et leur rythme cardiaque commence vraiment à s'élever en raison de la résistance du terrain. Mais, l'adrénaline, l'entrainement et surtout l'odieux d'abandonner ce "iking" techniquement complexe pousse le personnel à suivre le groupe. Marche ou crève! Plus on avance, plus il faut être minutieux et discrets car on passe près de fermes et habitations. D'ailleurs, chaque jappement de chiens au loin est un avertissement de se tenir peinard. La patrouille ralenti, fait une halte. C'est une "drill" de franchissement d'obstacle car il y a un ruisseau à obligatoirement passer (une coupure humide comme disent les militaires français). Ça veut dire qu'en plus de se salir, il va falloir invariablement se mouiller. C'est le lot du fantassin. nous espérons tous secrètement qu'il ne sera pas trop creux. Après quelques longues minutes d'attente, c'est à mon tour de franchir. L'eau froide se rendant jusqu'à mon caleçon m'indique automatiquement et efficacement qu'il était relativement creux... L'aube qui pointe inexorablement à l'horizon nous indique qu'il va falloir accéléré le pas car tel Dracula cherchant à gagner son château avant le jour, il nous faut impérativement investir nos objectifs de village avant la clarté (les conséquences d'un retard pourrait être très fâcheuses). Après quelques efforts supplémentaires, nous arrivons in extremis à 300m du village et les sous-unités se déploient en formation pour aller prendre leurs objectifs. Il fait maintenant clair, on peut apercevoir au loin des civils déjà réveillés vacant à leurs ablutions ou premières corvées de la journée. Vont-ils nous signaler au Talibans du secteur ou pire encore en sont-ils? Il faut donc franchir à la course le 300m de champ dégagé avant de pouvoir se positionner, haletants, le long du mur ceinturant la maison que mon peloton doit prendre. La technique de pénétration sera conforme aux tactiques de combat en zone urbaine et il faudra être attentif à tous les recoins de maison et angles mort s'y trouvant. L'autre peloton s'aventure 200m plus à l'est, prêt à dominer l'autre "compound" d'habitation. Pour l'instant, c'est le calme plat, on peut entendre un coq chanter et les incantations de l'Imam de la mosquée de la région sont terminées depuis ce qui semble être une éternité... Pour la suite, même heure et même "Bat-chaîne" la semaine prochaine! Christian |
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| La bataille pour le village de Sangsar (fief Taliban) Chapitre 1 2007-12-17 04:43
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| Bonjour à tous! Voici les détails du raid que ma compagnie (125 hommes environ) a effectué le 17 novembre dernier qui a constitué le plus gros engagement à date de notre unité dans ce tour (et le dernier j'espère) durant près de quatre heures. C'est certainement le plus gros contact que des gars du Royal 22e régiment ont eu depuis la guerre de Corée en 1950. À mon retour, je pourrai vous montrer des images vidéos de cela puisque qu'un cameraman des Forces Canadiennes (Combat camera) nous a suivi durant tous les instants de cette aventure. D'ailleurs, on peut me voir en train de tirer du lance-grenade M 203 dans ce film. Comme je n'ai pas beaucoup de temps, je vais le faire narratif et sous forme de feuilleton. Vous en recevrez des bribes en voici le premier chapitre et ce n'est pas de la fiction... SITUATION: Le village de Sangsar et les hameaux l'entourant constituent la maison-mère du mouvement Taliban, c'est dans cette région qu'il a été fondé. Plus tactiquement, c'est le carrefour de ravitaillement des insurgés à partir duquel ils montent leurs attaques d'harcèlement sur les avant-postes de l'armée Afghane (mentorées par des instructeurs-conseillers militaires canadiens du R22R) et tous les convois de ravitaillement passant sur l'autoroute principale de la région. MISSION: La compagnie B saisira des résidences (pré-attribuées à ses peloton) afin de détenir le contrôle du carrefour des deux routes de terres passant par le centre du village et les défendra contre toute contre-attaque des Talibans. Un avant-poste pour l'Armée Afghane sera par la suite construit pour policer le comté à partir des ruines des habitations jouxtant le carrefour. Les civils expropriés seront largement indemnisés par l'Otan. Afin de prévenir l'effet de surprise, ceci sera un raid d'infanterie "légère" où les fantassins ne seront pas dépendant de leurs transports de troupes blindée LAV 3 et privés du support intime des chars Léopard 2. Ils seront livrés à eux-mêmes et autonomes en ravitaillement pour maximum 48 heures. Donc, les hommes devront se rendre à pied pour livrer bataille. Profitant de l'obscurité et d'une lune favorable, les gars de la compagnie accélèrent leurs préparatifs en vue de la difficile marche qui les attend avant de pouvoir exécuter la phase cruciale de leur mission. L'air est frisquet et invite à s'habiller chaudement, erreur qu'il faut éviter car ce déplacement sera physiquement éprouvant et la température du corps aura vite fait de se réchauffer. Chaque soldat, en plus de son attirail de combat comprenant 300 balles de fusils, deux grenades à main, doit trainer un sac à dos comprenant tout le nécessaire pour survivre 48 heures (des rations de combat, du linge chaud, 6 litres d'eau, des batteries de rechange pour les radios de sous-unité, un lance-roquette 66mm anti-char). Le bardas oscille facilement près des cent livres. Les plus à plaindre sont les membres du détachement des armes de chaque peloton qui doivent opérer les mitrailleuses et trainer ainsi des caisses de 200 balles de 7,62mm .On vérifie si le laser installé au bout de nos armes fonctionne (destiné à pointer où l'on vise mais visible uniquement au moyen d'un monocle de vision nocturne installé sur le casque de kevlar de chacun). Après avoir reçu des ordres confirmatoires et bien inspecté notre matériel, on se prépare pour un périple des plus fastidieux (pour ne pas dire chiant!) puisque les gars de peloton de reconnaissance du bataillon qui sont nos éclaireurs nous ont informé de la nature du terrain qui caractérisera notre itinéraire. En effet, pour avoir marché la "trail" durant la soirée et laissé un détachement d'avant-garde sur les lieux, ils sont à même de bien nous renseigner. Leur seule vue suffit à nous faire une idée (une image vaut mille mots!) et nous démoraliser un petit peu. Ils sont tous mouillés et tachés de boue jusqu'à la taille et semblent exténués (les "recons" sont les plus en formes du bataillon...) Il est maintenant 01h00 du matin et les premiers éléments de notre organisation peuvent maintenant s'aventurer discrètement et péniblement dans la noirceur lugubre des vignobles et "wadis" (rivière asséchée) boueux Afghans... La suite la semaine prochaine In' ch Allah! Christian |
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Révisé : 08 Apr 2009